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Blog de Kitmien

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Notre belle nuit noire

Kitmien | 05 Mars, 2006 03:41

La nuit noire est un moment privilégié pour qui se trouve dans un chemin et non une route. Pourvu que ce chemin soit assez grand, propre et sûr. C’est au tout début que la crainte habite le cœur, que l’on a dans sa tête énormément d’idées bizarres et décousues. Le pas de la marche est moins sûr et le corps tout entier semble flotter sans assurance. Les erreurs et les douleurs se font bien sentir. Au fur et à mesure que l’on avance dans son chemin, la nuit devient de plus en plus apprivoisée.

La nuit même apprivoisée regorge d’obstacles mais le voyage entamé peut se continuer. Il n’y a pas de possibilité d’éviter quoi que ce soit. La nuit est déjà bien apaisante, et quelques uns qui font partie du voyage murmurent. Ils semblent être chez eux. Ils ne voient plus du tout ceux d’à côté, ils rient forts et jaunes, nul doute qu’ils ont des petites torches pour éclairer leurs pas. Ils sont au fil du temps indifférents aux autres. Ils ne font plus partie du groupe. Ils se disent connaître leur chemin et leurs allures n’étonnent plus personne. Ils semblent avoir pris un train à eux et ne se soucient plus de tous les autres jeunes gens qui partageaient le même chemin. Dans cette nuit noire, nous avons donc trois groupes distincts sur le même chemin.


Le premier groupe se détache davantage, il a tout pour s’éclairer et avance à grands pas. Ils sont ceux qui suivent un chemin balisé par ces étrangers qui ont oublié les vertus de la nuit. Ces étrangers qui sont leurs amis et vers qui ils sont habitués à partager leur bonheur. Non pas qu’ils parlent des odeurs de ces nuits africaines, surtout celles qui s’approprient les forêts aux essences séculaires et qui la nuit venue dégagent des parfums. Ces parfums qui soignent les maux de tête, soulagent du poids porté sur les têtes, ce bon vieux moyen de transport. Ces gens ne sentent plus aucune odeur, aucun parfum sur cette route la nuit. Ils courent presque, leurs récompenses sont déjà préparées. Ils se sentent légers et privilégiés. Ils savent que leur mission est accomplie. Ils n’ont plus que des prières de réconfort, ils veulent toujours se convaincre de la longue durée de la nuit, ces moments heureux où leur groupe essentiellement composé de parents triés sur le volet, quelques amis convaincus et piégés triture biens et avantages diverses. Depuis longtemps cette même nuit pour eux ne ressemble plus du tout à celle que les deux autres groupes restés au loin vivent !

Le second groupe scrute sa nuit devenue personnelle. Elle est moins noire et même plus éclairée par la lune. La pleine lune pour une partie d’entre eux. Ils ont réussi avec des hasards de la vie à se retrouver avec ces étrangers qui les emploient en leur accordant privilèges et petits avantages mérités pensent ils. Ils ne sont pas vraiment solidaires des premiers. Eux savent toujours ce que nuit noire africaine et surtout forestière veut dire. Ils sont les seuls recours au troisième groupe. Ils savent les souffrances du dernier groupe resté en arrière. Ils y faisaient eux-mêmes partie il y a quelques temps. Ils sont, au prix d’efforts nombreux, partis de ce groupe vendre leur travail, parfois malheureusement leur âme. Leur nuit est devenue plus éclairée, mais leurs rêves demeurent de rejoindre le dernier groupe dans une marche commune sereine vers un destin défini pour tous. Sous cette nuit, ils ont appris à connaître d’autres peuples. Ils commencent même à partager quelques objectifs communs d’une vie partagée où les limites héritées ne représentent plus que des vestiges pour eux. Ils rêvent de vivre ensemble, si possible par une organisation panafricaine. Ainsi pensent ils la nuit noire tropicale fondre avec celle désertique ou de la savane. Ils multiplient les occasions de rencontre et s’organisent dans des réflexions communes parfois décousues. Ils bouillonnent de toutes parts dénonçant pèle mêle les grands fléaux mondiaux que sont le racisme, la colonisation. Ils deviennent les dignes fils de l’Afrique porteurs d’un nouvel idéal. Ils ont déterré leur histoire cachée, jettent leurs enfants dans une bataille des droits de vie de la terre d’accueil. Ils ont réponse à tout et oubliant parfois la nuit noire tropicale qu’ils sont censés partager avec les leurs, ils passent et repassent les théories, ont fini de lire les grands classiques, pour finir par écrire leurs visées à eux. Ils ne s’ennuient pas des discussions qui font partie de leur nuit à eux. A les écouter, on se croirait dans une salle de classe où d’une hypothèse, on place la conclusion et d’une conclusion la démonstration. Ils oublient allègrement ce qu’il fallait critiquer tant ils trouvent toujours le motif d’une justification historique ou d’une comparaison majorée faisant de leurs recherches un lieu de jouissance qui les satisfait. Combien de temps oublieront ils la nuit noire tropicale qu’ils connaissaient bien et qui est entrain de disparaître à leurs yeux ? Que doivent ils encore privilégier ? La nuit noire tropicale elle, reste là, inébranlable à ceux qu’ils essaient encore d’aider. Le plus grand nombre est resté au loin, cherchant les pas de sa marche.

Le dernier groupe qui ferme la marche est le plus nombreux, celui là qui devait compter. Ils représentent cette assurance de l’aurore venue sans dire son nom. La nuit noire à eux est comme celle que la forêt prépare aux approches des cours d’eau. L’eau entretient la terre alentour et les arbres et feuillages sont alimentés offrant une belle et luxuriante végétation. Lorsque le jour est levé et que le soleil brille cette partie de la route est un véritable délice que l’on ne pourrait oublier. Tandis que la nuit noire à ces endroits est sinistre. C’est là où se trouve ce bon groupe qu’on dirait aisément malheureux. Malheureux d’être dans cette nuit noire humide et lourde. Ils ne savent pas et ne cultivent plus l’envie d’essayer de rattraper les deux autres groupes qui depuis longtemps ont gagné la pleine lune. Ils sont déboussolés. Ils n’ont aucun motif de croire encore à la vie. Ils savent parfaitement ce que nuit veut dire. Ils tâtonnent et ne savent où poser leurs pieds. Depuis l’éternité, ils ont l’impression que la nuit ne finira jamais, elle sera éternelle et chacune des lueurs passagères qu’ils espèrent voir s’évanouissent aussi vite dans leurs pensées comme dans leur marche. Mais ils continuent de tenir. Ils ne peuvent se permettre de s’arrêter, ils doivent montrer leur endurance, ils attendent imperturbablement le bon retour de leurs enfants engouffrés dans le deuxième groupe. Ils doivent rester debout jusqu’à leurs retours pensent ils. Ne reçoivent ils pas de temps en temps de leurs nouvelles ? Les malheurs ne se comptent plus et les disparitions aussi. Ont-ils trouvé une quelconque raison pour ne pas crouler définitivement dans la lâcheté et l’abandon ? Disposent ils d’un instinct capable de diriger leur pas en dépit de cette nuit noire si redoutable ? Ils ne comptent plus sur quiconque et leurs raisons sont vacillantes. Ils commencent à fabriquer des repères dans cette terrifiante nuit. Car comme qui dirait, Dieu a paraît il réglé la vie, pour que certaines mues de populations se fassent : ceux qui ne comptaient que sur les salaires ont changé leur manière d’être et se cherchent par l’apprentissage d’autres sources de financement de leurs vies. D’autres ont enterré la respectueuse fonction publique pour embrasser des pratiques autrefois reconnues aux étrangers.

Ainsi va la vie, la nuit noire et incertaine d'aujourd'hui et de maintenant qui nous divise en trois parties inégales finira bien par nous donner l’aurore d’un jour ensoleillé tropical où un groupe uni comptera sur ses fils doués et frères … pour la rencontre d’autres frères africains en attendant de voir ce monde humanisé de nos espérances !

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venga | 05/03/2006, 12:54

Très beau texte rempli de subtilités de notre société d'aujourd'hui.
Comment faire ressortir les points tant méritants de ce texte avec ce que nous sommes.... le genre humain.

Le premier groupe restera toujours celui que tu décris si bien, très souvent sans regarder en arrière et avec le temps, ne trouveront plus de points communs entre eux qui jadis faisaient parti de leur quotidien, oubliant à coup sur les beautés de cette nuit et ce qu'offre la forêt.

Parmi les suivants il y aura toujours de ceux qui verront et sentiront le besoin du groupe derrière et inévitablement ceux qui envieront la place des premiers. Ce groupe se doit de privilégier les droits de chacun dans un sens commun, le respect de l'autre, le regard des nuits d'antans qui restera en souvenir et prêt pour relever à chaque fois un nouveau défi pour s'aider et s'élever mutuellement dans l'amour, dans la vraie vie au quotidien car de ce groupe ressort un attachement profond à l'humain et à Dieu d'ou notre raison d'être et de là certainement, l'incompréhension de la vision dictée irrationnelle des biens pensants nombreux dans les pas plus rapides.

Avec les laissés pour contre quelques-un rêveront aussi de rejoindre le pas en avant tandis que d'autres n'y rêvent plus tu as raison mon frère, la mission à accomplir est d'offrir ce que Dieu nous a donné à partager qui fait la beauté et cette simplicité de la vie à ceux qui verront et reconnaîtront l'offrande. Le droit à la dignitié et au minimum se doit d'être assuré et, en fait, plus nombreux que nous pensons sont là pour ça. Ils auront eux le bonheur de conserver cette précieuse essence africaine que beaucoup envient maintenant car perdue.

En attendant cette magnifique aurore qui viendra un jour, une grande partie de ce monde compte sur le réveil des autres...

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vali | 11/03/2006, 01:57

Merci grand frère pour cette magnifique réflexion qui traduit bien la notion de groupe auquel chacun appartient.
Ce que j'en ai compris, aux contours de ta plume, c'est qu'en ce bas-monde il y a les plus riches ou les plus chanceux,indifférends aux problèmes des autres, les exilés qui "s'en sortent" comme ils peuvent et qui ont la volonté de transmettre, de s'unir pour avancer, et les autres, les incultes au coeur vaillant pour lesquels la vie a un vrai sens, celui du courage quotidien, du partage, de la solidarité ...
Pour tout te dire, grand frère Kitmien, la nuit n'est pas toujours celle que l'on croit.
Et pour ma part, je crois que le petit peuple est plus près des étoiles et de la lumière des astres que l'élite des élites qui brille par ses actes néfastes.
Soyons fiers de ce que nous sommes, même si la nuit nous paraît longue, car même si le chemin est caillouteux, après la nuit vient le jour.

Ton texte en tout cas est très très beau.

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venga | 11/03/2006, 03:38

Merci Vali tu me fais plaisir en te lisant.... le jour vient toujours après la nuit.... il faut conserver cette pensée en nous et avoir confiance, la vie avec un grand "V" se chargera de nous le prouver comme elle le fait si bien.

J'apprécie ton optimisme Vali, je suis contente.

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Mère Evé de Paris | 16/03/2006, 12:39

Quand la vraie nuit n'existe plus… quand on se trouve dans un pays où le moindre village possède des réverbères qui s'allument et s'éteignent grâce à un programmateur pour faire alternance à la lumière du jour, on finit par perdre le souvenir de la nuit noire et des moyens qu'on trouvait pour s'y repérer, non ? Et tu as raison, Ya Kitmien, il y a ceux qui veulent s'en souvenir et ceux qui préfèrent oublier…

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Kitmien | 17/03/2006, 16:03

Mère Evé,

Si ceux qui veulent se souvenir qu'il faut trouver des moyens pour que le village trouve les repères pouvaient se mettre en ensemble !!!!!

La nuit noire pourrait être de plus en plus petite...

A bientôt. Kitmien.

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