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Kitmien | 08 Mars, 2006 20:45
Il y a parmi nous, des amis que l’on aime toujours avoir et à qui on ne peut refuser le moindre service. Si vous êtes d’accord avec moi, alors vous comprendrez aisément pourquoi je m’étais précipité à répondre oui à sa demande… Elle me demandait avec son air débonnaire et simple si je connaissais la poésie, moi qui venais d’ailleurs. Sans que je n’ai eu le temps de réfléchir, ses belles dents blanches que je voyais de sa bouche me rendaient une image de ma cousine autrefois disparue avec son voyage aux Indes d’où elle n’est jamais revenue voici bientôt quinze ans.
N’oublie pas – ajoute t-elle - de me faire un parallèle avec vos langues à vous ! C’est seulement à cette occasion que je me suis mis à réfléchir si mon dialecte connaissait la poésie. Ma mère me chantait bien des berceuses, le soir nous dansions bien aux chants des histoires qu’on nous contait. Mais aussi loin que vont mes souvenirs, la poésie n’a pas d’équivalent chez nous si je veux associer l’écriture d’un poème.
Notre complicité remonte au jour où, prenant un courage que je me connais, je suis allé frapper à sa porte. Elle venait d’arriver récemment dans le village, tout comme moi d’ailleurs. Mon instinct et ma curiosité m’avaient poussé vers elle et quand elle m’a accueilli avec beaucoup de tendresse, elle venait de me faire une place dans son cœur, comme elle dans le mien. Depuis, je lui dois de bien bonnes découvertes dans le village, et même arrivée après moi, elle a conduit mes pas avec assurance et encouragements.
Avoir vite accepté me condamne à chercher mais comme ils sont loin mes belles années scolaires ! Qui peut me venir en aide pour me prêter quelques vers de Verlaine qui embaumaient nos soirées d’étude d’internat au Lycée ? Mes premiers essais remontaient aux bons moments où Voltaire inspirait nos tentatives de construire des poèmes. Chut, nous avions toujours buté sur les poèmes qu’on devait faire pour nos petites amies qui trouvaient un malin plaisir de nous mettre en concurrence !
Aucune raison de ne pas se souvenir de ce récent recueil non publié de cette amie lointaine. Elle dont la plume ne peut laisser indifférent. La lecture de son poème me rappelle que notre cœur ne peut rester insensible à l’expression de l’amour. Elle a fait chanter les mots, elle a fait danser les phrases pour le plus grand bonheur de nos sens. Elle parle de son père … Les mots chantent et scandent son émerveillement. Elle manie les terminaisons de phrases avec grâce. L’oreille ne se lasse pas. Elle touche l’âge de son père et combine avec le feuillage d’une forêt. Le plumage accroche l’avantage de son vagabondage des mots. Le plaisir est total.
Comment ne pas vibrer à la musique si bien rythmée que donnent les vers ? Je ne peux m’empêcher de vous inviter à essayer tout de suite là où vous êtes en prêtant l’oreille. Faites simplement terminer les phrases par un verbe du premier groupe par exemple. Ainsi vous pourrez : de Lamartine rêver, que longtemps à vouloir lui ressembler, vous finirez par errer, sans jamais trouver, le bonheur véritable échouer, dans vos bras chargés, de lumière pour sublimer, le métier auquel on veut s’essayer, de jouer et de se hisser.
Lorsque le poète manie les verbes le même miracle se continue. On entend parler des animaux, on a envie d’écouter les arbres conter leur substance. La poésie délivre un bonheur destiné à nos sens. Faites venir votre paix intérieure, ne soyez pas surpris alors de pouvoir voyager vers l’infini avec la simplicité des mots de tous les jours. La magie réside dans la clarté du message, le choix des thèmes et la dextérité du poète que je ne saurais être.
En lingala, les mots chantent d’eux-mêmes et nos prodiges musiciens excellent à nous bercer. Mais c’est inévitablement dans la danse que ces musiques de mots nous ensorcellent gagnant le combat qui place nos langues à nous en face de ces langues vivantes que nous venons tout juste d’apprivoiser.
Lorsque le moment enfin de lui rendre compte, ma très chère amie comprit bien tard que je ne connaissais même pas la moitié des poètes qu’elle affectionnait. Je finis par lui dire que je n’avais pas encore eu le plaisir de les lire dans leur grande majorité. En réalité, je venais une fois de plus de mentir.
Cette forme d’expression m’était bien étrangère. Je n’y faisais allusion que lorsque je tombai par hasard sur un excellent poème qu’on lit souvent rapidement au gré de nos escapades. Les autres langues du monde ne devraient pas en manquer. La poésie comme le chant est universellement appréciée, je le crois volontiers.
Nos enfants en raffolent au moment d’aller se coucher surtout, comme des contes mystérieux. Mais personne ne reste indifférent à un poème bien écrit et bien lu. C’est à ces moments qu’on nous arrache un sourire ou un silence.
S’il nous arrive d’oublier l’auteur d’un poème, comme le prétend mon amie, tâchons de remercier du fond de nos cœurs ces bonnes personnes aux quelles nous devons la mémoire de nos envies, nos détresses parfois et surtout nos senteurs les plus remarquables.
Kitmien.
Vali | 11/03/2006, 02:49
Kitmien. | 11/03/2006, 14:28
A ma très chère Vali,
Hummmmmmmm c'est beau ce poème que tu as bien voulu nous offrir. Merci.
MIENAHATA Romain Pierre | 11/03/2006, 15:25
Mon frère,
chez tous les peuples il y a eu, aura et existe la poésie.
C'est le temps où l'on écoute l'indicible, le silence qui s'entend sans être entendu. Ainsi, la poésie est belle, bonne et berceuse.
venga | 12/03/2006, 00:53
Cher grand frère, il existe bel et bien de la poésie dans votre dialecte car la poésie a le caractère de ce qui touche la sensibilité, qui émeut, qui évoque des images, des sensations et n'est pas obligé d'avoir une terminaison en vers.
Le fait que vous soyez non cartésien fait de vous des êtres beaucoup plus poétiques que vous pouvez le croire mon frère.
Vos mamans vous ont éduqué avec des histoires, des chansons, des proverbes qui vous ont toujours initiés aux métaphores dès votre plus jeune âge donc rien de mieux pour créer la racine du poète, ce que nous occidentaux n'avons pas eue comme apprentissage.
Il est vrai que de lire ou entendre lire un poême nous intériorisent et nous attendrient très souvent, nous le lisons ou l'écoutons dans un ailleurs que seul notre coeur parfois entend.
Merci mon frère.
Mère Evé de Paris | 16/03/2006, 16:44
Nos histoires d'amour avec une langue sont parfois issues de la poésie, en tout cas, c'est le cas de la mienne avec le lingala. Je devrais même dire LES lingala voire les langues du Congo, comme ça a commencé par le lari et le kikongo…
Et le français parlé par les locuteurs de ces langues devient lui aussi empreint de poésie transposée qui lui donne un charme irrésistible, et la subtilité et la justesse qu'on ne trouvera jamais dans des formules factuelles. La vérité se cache dans la poésie !
Kitmien | 16/03/2006, 17:36
Quel plaisir de vous découvrir moi aussi m'enseignant bien que la poésie est partout et dans toutes les langues, dans toutes les rencontres comme celles que je fête maintenant avec vous...
Trouvez ici toute mon amitié fraternelle et mes profonds remerciements à vous que j'aime vraiment.
Venga | 17/03/2006, 05:19
Bonjour Sista Evé,
A n'en point douter qu'il y a de la poésie dans le Lingala, et autres dialectes, toutes ces subtilités que cache les mots d'amour, les proverbes et citations dont les congolais se délectent est indubitablement de la poésie ajouter à cela le souvenir et la nostalgie d'un moment et vous y êtes déjà, le rêve prenant forme.....pour notre plus grand bonheur.
Tinée | 17/03/2006, 12:50
Moi je n'aime pas vraiment la poésie, j'ai une préférence pour les textes bien écrit mais pas forcement des poèmes.
La poésie en Lingala? hmmm trop compliqué! mais bon chacun son truc. Mais honnètement j'aime beaucoup ce que tu écris Kitti, ta manière d'envouter les mots. Tu penses à publier un jour ou pas?
Kitmien | 17/03/2006, 14:51
Ma chère Tinée,
C'est avec joie que je viens d'apprendre au travers de ce que Mère Evé a dit, combien la poésie était partout distribuant douceur et vérité ...
Publier un jour si cela se présente... oui mais je n'ai jamais écrit avant et je commence à être (vieux ?).
Merci à toi Tinée pour tes encouragements et à vous tous. Kitmien.
clhoe | 23/06/2007, 09:57
Bravo ! beau poème !
continue
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Les arbres
Ô vous qui, dans la paix et la grâce fleuris,
Animez et les champs et vos forêts natales,
Enfants silencieux des races végétales,
Beaux arbres, de rosée et de soleil nourris,
La Volupté par qui toute race animée
Est conçue et se dresse à la clarté du jour,
La mère aux flancs divins de qui sortit l'Amour,
Exhale aussi sur vous son haleine embaumée.
Fils des fleurs, vous naissez comme nous du Désir,
Et le Désir, aux jours sacrés des fleurs écloses,
Sait rassembler votre âme éparse dans les choses,
Votre âme qui se cherche et ne se peut saisir.
Et, tout enveloppés dans la sourde matière
Au limon paternel retenus par les pieds,
Vers la vie aspirant, vous la multipliez,
Sans achever de naître en votre vie entière.
*****************************
J'adore la poésie. J'ai eu fait des poèmes autrefois, mais il est vrai que je n'en connais pas de mémoire.
Celui-ci, d'Anatole France, je te l'offre, grand frère, en regard au partage de ton souvenir encore vivace.
Bien à toi ...