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Kitmien | 18 Mars, 2006 15:05
De
toutes les façons nous sommes toujours obligés de faire face à des choix dans
nos petites vies, et quoi de plus naturel que de décider courageusement de
l’avenir d’une petite famille congolaise.
La
vie dans un pays occidental est complexe et contrairement à ce que l’on peut
dire, j’ai eu énormément des concessions à faire pour y vivre et pouvoir se
faire un trou comme on dit. Et les nombreux avantages d’une famille résidant en
Europe ne se comptent pas. Les salaires et autres émoluments participent à ce
confort de vie. Les conditions matérielles de vie familiale sont avantageuses comparées à celles de notre
chère Afrique !
Les moments passés en Occident
pour nos études universitaires, nos stages sont exceptionnellement
incomparables, nous apprenons beaucoup de choses utiles surtout dans le
comportement professionnel, le respect des principes sociaux, l’éveil du
jugement et les droits humains de tout genre. Une société qui est organisée
apporte beaucoup aux individus. L’école est accessible, la vie familiale est
réglée…
Ensuite s’installe une vie
ordinaire où tout commence à être une simple routine et une vie familiale de
plus en plus lourde s’installent pour les parents. On commence à sentir les
difficultés d’une espèce de prison dorée où les factures se suivent, la
consommation vous emprisonne, le temps de s’occuper de l’essentiel familial
manque. Le fameux train-train prend le dessus.
Si vous commencez à vous poser
des questions sur l’avenir de votre famille avec assiduité, alors sachez que vous
êtes rendus au point où je me trouvais voici
quelques temps avec ma famille en Europe.
L’hypocrisie trop voyante des
concitoyens devient insupportable et le manque d’humanité autour de soi
commence à peser. Le racisme primaire devient plus voyant et la vie familiale
moins riche.
L’alternative pour mettre fin à
cette situation qui vous détruit à petit feu est d’avoir le courage d’envisager froidement un avenir raisonnable pour votre famille.
Avec courage j’ai d’abord
réussi à me convaincre qu’une autre vie familiale existe. Il peut être salutaire
de repenser à cette société qui a construit mon être dans les premiers moments
de mon développement humain. Et c’est tout naturellement que je me suis mis à
comparer avec franchise les gains et les pertes supposés de notre famille en
vivant en occident ou au Congo.
Je ne mis pas très longtemps à
choisir le Congo, les avantages étaient bien plus nombreux en considérant
l’avenir de notre famille, les enfants ne seraient plus catalogués, les efforts
à supporter le racisme disparaîtraient, les factures et autres contraintes
allaient diminuer. Les avantages de l’occident pouvaient en partie être emmenés
avec nous, le plus important étant les sommes d’argent que nous gagnions.
Bref,
avec une préparation méthodique et patiente, le retour en terre congolaise
pouvait s’envisager avec assurance et des précautions comme celle d’un retour
précipité en occident en cas d’échec, était dans les hypothèses de cette
aventure. La contrainte économique était de savoir déterminer le coût d’une
telle opération. Ensuite de déduire le temps pour réunir, par une épargne
supplémentaire et des efforts de grignotage sur la consommation, cette importante
somme.
L’autre paire de manches est de
faire partager le projet à toute la famille et ce n’est pas très simple. Une
pratique était installée : débattre sur cette question régulièrement.
Chacun se devait de dire ses craintes, ses espérances face à cette éventualité
qui devait se conclure par un vote de tous les membres de la famille âgés de
plus de 2 ans. Les deux camps qui s’étaient créés en l’occurrence avaient pour
tête de file les deux parents. L’objectif de réunir le plus de voix nous
obligeait à tenter de convaincre les enfants pour avoir leur vote.
J’avais gagné haut les mains
grâce aux belles histoires de pouvoir grimper librement sur des arbres
fruitiers, de se baigner dans des rivières en plein soleil, le village chaque
week-end avec des fruits sauvages…
L’imaginaire de mes enfants semblait vide en occident. Ils n’avaient pas de perspective et de projection sur leur avenir. Je leur expliquai que le fait de ne plus disposer du confort scolaire connu pouvait être compensé par bien d’autres choses. Des copains capables de vous apprendre comment fabriquer les jouets à vous, des amis qui ne vous voient pas autrement que comme vous êtes sans plus ni moins. Plus de gros pull, plus de froid à craindre mais assis autour d’un feu réchauffant et qui soigne toute mélancolie.
Des belles soirées bruyantes aux histoires envoûtantes qui vous content des génies africains toujours extraordinaires. Plus de bouchons sur la route, mais des routes carrossables où le sable pur et sain vous attire et vous entretient de la beauté des clairières où la vue au loin garantie des spectacles d’une époque toujours recherchée au plus profond de chaque être… Kitmien.
loussa | 18/03/2006, 16:16
Venga | 18/03/2006, 20:22
Bonjour cher frère,
Oui un choix comme celui que vous avez fait se prépare dans la mesure ou tu dois essayer de prévoir tout ce que tu peux pour le bien-être de tout un chacun. Bien entendu, c'est sans compter les impondérables inévitables de la vie au quotidien, il y a des choses et certains moments que nous ne pouvons prévoir dans la vie de tous les jours... et nous devons vivre avec ce que Dieu a mis sur notre route.
Tu as eu la chance de connaître deux cultures différentes, ce qui t'a permis de pouvoir faire un choix plus éclairé que nombre d'entre nous. Effectivement ce que tu as vu de la société occidentale ressemble beaucoup à la vie de tous les jours ici. Par contre, ceux qui y vivent et qui sont de souche, dans la majorité des cas, ne savent pas quoi faire pour se sortir de leur situation, donc ils y restent malheureusement. Tandis que toi tu as eu le courage de vouloir retrouver cette vie plus humaine, solidaire, sereine et un retour à tes valeurs fondamentales dans ton cher congo.
Ce sont des valeurs qui ont certainement eues des répercussions chez tes enfants qui eux, n'oublierons jamais la richesse de ce que tu as pu leurs inculqués en vivant cette démarche.
Je ne sais si je devrais te demander de nous revenir nous pour nous dire comment ce revirement de pôle s'est passé. Mais ce serait intéressant de le savoir mon frère.
Merci à toi de tout coeur.
JOI | 19/03/2006, 15:15
Mon frère Kitmien, aussitôt notre choix fait, on assume pour le reste. J’aime bien quand tu nous rappelles notre enfance avec tous ses clichés. Tout cela est très nostalgique. En choisissant la vie nordique, on ne perd pas ce passé, nous l’utilisons chaque jour dans notre combat quotidien. C’est ça ce qui nous permet de survivre dans ce milieu parfois très hostile. Nous devons nous adapter à la nouvelle.
Pour nos enfants qui naissent ici, ils ont d’autres outils, d’autres appuis qui à mon avis font leur bonheur. Ils sont certes coupés de notre origine mais nous pouvons encore leur inculquer ce que nous avons hérité de positif. L’idéal aura été de les amener sur place, sur la terre de nos ancêtres ne fut ce qu’à chaque été pour les imbiber de ce savoir positif. Mais chez nous c’est l’amertume, en tout cas pour le moment.
Assumer notre choix, c’est se battre loyalement, en empruntant les mêmes voies, en utilisant les mêmes armes que celles utilisées par ceux qui nous accueillent, sans états d’âme, sans regret du passé. Notre passé ne nous quittera jamais mais pour le moment, nous vivons une nouvelle réalité, celle des dénaturalisés ou des naturalisés. Nos enfants sont bel et bien des américains, des canadiens, des français, des anglais etc. Dans ce nouveau parcours, nous devons toujours s’autoévaluer : Est-ce qu’après 9 ans dans ce pays j’ai avancé ou reculé? Est-ce que je suis sur le bon chemin ou le mauvais? Est-ce que je vis ou je survis? On ne nage pas de la même façon lorsqu’on est dans un étang et lorsqu’on est dans une rivière. Lorsque tu es au Canada, considère 100$ comme 100$ selon la réalité canadienne mais évite de faire des comparaisons au fcfa car, tu n’es pas dans le même milieu et tu ne parles pas de la même chose. Je te parle de cela car c’est ce que je vois de temps en temps pendant mes différentes visites.
Mon frère Kitmien, on assume notre choix, on encourage nos enfants à se battre dans ces pays qui sont les leurs malgré tout. Nous continuerons à faire le récit de notre passé à nos enfants et à leur apprendre à aimer la terre de leurs ancêtres. C’est difficile d’aimer à travers les rêves, aimer ce que tu n’as jamais vu. Gardons toujours l’espoir.
Salut mon cher frère Kitmien et à très bientôt
JOI
Kitmien | 19/03/2006, 18:34
Salut JOI,
Tu as raison, nos enfants commencent à se construire d'autres imaginaires là où ils sont entrain de vivre et nos partages vont les conforter à trouver leur place au monde.
Merci infiniment pour ta fidélité mon cher frangin, à bientôt. Kitmien.
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pourquoi autant de tristesse et de remords quand on a déjà fait un choix, pris une direction (quelle qu'elle soit) après tout ce temps.
inutile de revenir surle passé si ce n'est faire un bilan dans le but de nouvelles perspectives au milieu d'un carrefour.
gardez votre calme et poursuivez le chemin choisi.
bonne continuation