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Kitmien | 22 Mars, 2006 15:12
Est ce la peur qui bloque mon envie de dire ce que je pense quand je sais craindre les réactions de ceux que j’estime secrètement ?
Je le faisais chaque vacances, quitter mon village et aller passer quelques jours avec ma tante paternelle qui vivait à plus de 20km de chez nous. Je l’aimais beaucoup et elle m’adorait aussi. Elle ne m’appelait jamais par mon nom ni mon prénom. Elle m’appelait papa car je porte le nom de leur père.
C’est à ses beaux souvenirs que mon cœur balance quand je discute avec le fils de ma collègue venu nous voir au bureau. Je ne sais pas trop pourquoi il nous parlait des bienfaits d’une certaine forme d’agriculture qu’il affectionnait. Il disait que pour atteindre une auto suffisance alimentaire, il fallait créer des grandes exploitations agricoles. Il n’arrivait pas à me convaincre. Je repensais aux fameuses entreprises d’état qui commercialisaient du riz, des pommes de terre et autres produits agricoles dans mon pays et qui avaient fini par désorganiser les villages. Les parents dans nos villages avaient perdu la main à disposer de cette petite forme d’exploitation qui offrait à manger à l’étranger, à eux mêmes tout le temps et qui faisait la beauté de nos villages.
En effet, en allant rendre visite à ma tante tata Oumba et son mari tata Malanda, je traversais des champs de riz ici, des champs de manioc là, des petites portions d’ananeraie, des raisonnables cultures de légumes, de patates, de tarots, de canne à sucre, de maïs. Quand je croisais maman Henriette ( ce n’était pas ma mère, mais dans le village, toutes les femmes qui avaient des enfants étaient appelées ainsi) dans son champ de maïs, elle me demandait avec un sourire, où j’allais ?, m’obligeait à m’asseoir pour attendre la cuisson du maïs qu’elle venait de cueillir, et qui brûlait au feu de bois dans un petit coin de son champ. Quand elle avait fini de me le remettre, elle me disait qu’elle n’avait malheureusement pas grand chose ce matin là mais que ce maïs frais brûlé au feu de bois allait être mon compagnon de route. Je riais et la remerciait en promettant de le dire à ma mère une fois revenu au village. Je continuais ma route dans ces bois apaisants au chant des tourterelles que je savais imiter d’ailleurs . Ces chants avaient bien été traduits dans notre dialecte et ils nous accompagnaient souvent dans nos randonnées à travers champs. L’odeur des ananas sauvages contrastaient avec ces ananas du champ de tata Mankessi que je traversais sans m’empêcher de compter les ananas qui étaient déjà murs et qui attendaient d’être vendus au marché le Vendredi. Je reconnaissais aussi à cet age, les feuilles de ntchia qu’on mangeait accompagné de viande fraîche les dimanches soir à la maison.
Mon bonheur était toujours grand, et les kilomètres que j’avalais ne me faisaient plus rien. Je refusais ensuite les tarots que me proposaient maman Ngoudi dans son champ, préférant couper la petite canne à sucre au champ de papa Paulo. J’avais décidemment toujours quelque chose à manger dans ce bois ombragé et reposant. L’odeur des cannes à sucre ne me quittait plus et je terminai ma route avec des bras chargés, devant l’étonnement de ma tante le soir.
Je ne sais plus pourquoi un ballet extraordinaire accompagnait mon repas du soir autour du feu avec l’arrivée et le départ de la plupart des habitants du village de ma tante. Celle ci arrivait avec une igname pour me souhaiter la bienvenue, à mon âge… mais le voyage que je venais d’effectuer seul me donnait le titre de hôte du village. Alors je ne pouvais qu’admirer la générosité des dons de ces bonnes mamans du village Pétété : la seconde maman m’offrait de l’oseille cuite à l’étouffée dans des feuilles vertes de matétété. Quant à Tata Malanda (paix à son âme), c’était toujours un pigeon vert qu’il m’offrait… et qu’est ce qu’il était bon à manger ! Le lendemain matin, mon petit déjeuner avait toujours cet œuf cuit sur une feuille verte de matétété directement jeté sur le feu comme si l’œuf au plat n’avait pas eu d’huile ni de poêle !
Alors quand je devais répondre à notre visiteur du bureau, je fus partagé entre ces odeurs de mes voyages d’adolescent et le récit de notre adolescent qui prépare son diplôme à l’Institut Inter-Etats d’agriculture. Il nous parle bien des villages et des villageois. Il nous parle de l’Afrique aussi. Mais à aucun moment l’idée de lui raconter les couleurs et les odeurs de mon enfance ne me revenait. J’avais envie de lui parler comme lui le faisait devant sa mère Salamatou et moi. Comment lui partager le plaisir de voyager à pied ou en auto dans un village et se faire offrir un fruit du terroir et de garder en soi les odeurs de cette atmosphère spéciale ?
Comment lui dire que les petites productions vivrières de nos parents offraient bien plus à tout le monde?. La possibilité aux enfants de continuer à garder le contact avec la terre, de se nourrir des produits du terroir et de participer après à cette coopérative du village pour produire ce que le gouvernement réclamait et qui bien souvent ne connaissait pas de régularité dans la commercialisation… Kitmien..
Venga | 22/03/2006, 18:20
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Bonjour grand frère,
Il n'y avait rien à craindre et il n'y a toujours rien à craindre à dire ce que tu penses aux personnes que tu estimes, peu importe les réactions que ceux-ci peuvent avoir puisque tu leurs fait partager ce que tu as vécu, ces moments passés si bien enfouis et au chaud dans ta mémoire. Des souvenirs qui souvent, ne demandent qu'à être entendus pour le plus grand bien de ces personnes.
En secret, c'est une fleur que tu fait découvrir, c'est un peu de toi et l'expérience que tu peux apporter est non négligeable.
Bonne journée.