This page looks plain and unstyled because you're using a non-standard compliant browser. To see it in its best form, please upgrade to a browser that supports web standards. It's free and painless.

Blog de Kitmien

« | »

Un conte de mon père à Kibossi

Kitmien | 24 Mars, 2006 13:37

J’ai toujours voulu raconter ces petits contes de mon père à mes enfants mais à chaque fois, j’avais l’impression que je les dénaturais par cette obligatoire traduction du patois vers le français que mes enfants nés en Occident exigeaient.

Parfois, mon refus ne résistait pas devant leur insistance et un peu amer je commençais à faire cet effort pour – me disais je – leur donner malgré tout ce que j’avais reçu de mes parents.


Notre dispute était autour des richesses de la famille, des richesses issues d’héritage, des richesses portées en soi… Et le petit conte raconte l’histoire de l’un des trois plus rusés animaux de nos forêts, le nkumbi. Le conte dit qu’il vit le jour tapis dans son trou à ruminer tout ce qu’il a gagné la nuit pendant sa chasse. Le jour venu, c’est au tour des hommes d’aller chasser. Et quand ils trouvent des traces de pas du nkumbi ou tout indice de présence de l’animal sur le sol, ils savent donc que du gibier se trouve quelque part sous la terre. Et papa nous demandait toujours. A qui appartient le gibier enfoui sous terre ? Est-ce à ceux qui auraient trouvé les traces du gibier ou à ceux qui pourraient venir de n’importe quel autre village et qui arriveraient par leur savoir faire à s’en accaparer ? Le fait que le champ où se trouve ce gibier appartienne à un membre du village ne change rien à la morale.

Nous savons qu’un bien n’est notre que si nous savons nous l’approprier pour nous en servir convenablement ; Ainsi une intelligence d’un adolescent qui passerait son temps à jouer au lieu d’étudier et quand bien même tout le monde le trouverait intelligent, ses chances de réussite s’amoindriraient.

Le pétrole du Congo (par exemple) enfoui sous terre nous appartient peut être, mais comme nous sommes incapables de nous en servir, devient la propriété de ceux qui par leur savoir faire l’exploite et le commercialise. Les quelques royalties tirées d’eux sont des miettes que nous ne méritons pas nécessairement !

Les essences de nos forêts que nous contemplons sans en connaître la valeur pour que nos besoins connus soient assurés, ne sont pas nos biens, elles sont le bien de ceux qui en connaissent l’intérêt et qui les exploitent pour leur bonheur exclusif.

Et il en sera de tout ce qui ne nous appartient qu’en principe. Tout peut nous être enlevé si nous ne reconnaissons pas ce que cela représente pour nous. Nos vies sont aujourd’hui installées ailleurs que sur nos terres lorsque nous épousons totalement leurs traditions et leurs langues.

Pourtant nous avons à construire un monde fraternel, mais si nous n’y allons pas chacun avec ses biens, alors le proverbe de mon père qu’il ajoutait souvent après chaque conte sera vérifié. Il disait : « Wa vula bulemvo kuézi ngué béni ! » que je traduis rapidement parfois par « A malin, malin et demi… » Kitmien.

Comment Icon Conte de mon père.... [Répondre]

Venga | 25/03/2006, 05:54

Bonjour grand frère,

Tu sais, il y a des ces âges que l'on passent ou l'on veut connaître le passé de nos parents, leurs histoires, leur mode de vie, leurs coutumes etc.... nous trouvons cela bizarre, drôle, ancien, et malgré cela, très intéressant. On se crée des mondes, des images, on matérialise dans notre tête et, sans s'en rendre compte, on se bâti un peu avec ça aussi.

Le temps passe, nous croyons que nous avons oublié (avec notre vie trépidente) mais non, tout reste en mémoire en fait, caché, mais bien là et bien tranquille.

Un jour nous avons envie de retrouver cette essence d'antan et à ce moment-là, tout ces souvenirs racontés enfants reviennent à la surface. On se surprend à prendre conscience que souvent, les parents avaient raisons dans leur savoir-faire, leur mode de vie, qu'ils avaient beaucoup en fait et qu'en réalité, ils étaient souvent bien plus heureux que nous-mêmes présentement.

C'est là justement que nous revenons aux sources.... à ce que nous percevont comme nos racines, nos bases, sans pour autant laisser tomber nos acquis.

C'est aussi à ce moment que nous décidons de faire nôtre ce qui nous entoure, très souvent sans avoir vu tout ce que le pays ou la région avait aussi à nous offrir au préalable.

Dès lors, l'intérêt commence à germer, là nous nous appercevons de ce que nous pouvons perdre....Ce n'est souvent qu'à ce moment, que nous décidons de travailler à connaître ce qui nous entourent pour le conserver et que nous considérons important et même essentiel pour l'avenir.

De ces prises de conscience, nous décidons de nous approprier ce que nous savons nécessaire pour nous et les générations futures. Ainsi, nous refusons de laisser partir et voulons conserver, avec raison, les bonnes choses que ce monde nous offrent. C'est de ce point de départ que nous décidons de construire dans un but fraternel afin de protèger nos biens.

Pour beaucoup de gens c'est tout un cheminement qui est à faire afin d'arriver à ce proverbe et pouvoir dire "à malin, malin et demi..."

Amicalement,

Comment Icon [Répondre]

Kitmien. | 25/03/2006, 11:56

Oui Systa Venga c'est beau et encourageant ta réaction.

Peut être aurai-je dû donner la traduction littérale du proverbe.

Wa vula bulemvo = à vouloir être (trop) gentil (ou obéissant);

Kuézi ngué béni = Tu peux être utilisé comme monnaie (d'échange) dans une transaction...

Voilà à peu près ce que ça donne.

Il faut faire attention à ne pas se laisser abuser pour ne pas regretter d'en avoir trop fait vis à vis d'un tiers...

J'ai toujours et toujours ce petit pincement au coeur quand je veux traduire du lari au français, mais jamais le contraire... bizarre.
Bien à toi, Kitmien.

Comment Icon Conte de mon père.... [Répondre]

Venga | 25/03/2006, 14:26

Oui on peut l'appliquer aussi dans ce sens.

Il est vrai que dans notre société une trop bonne personne peut facilement servir de "bouc émissaire", ou de monnaie d'échange.

Abuser d'un bon coeur mon frère, il y en a qui ne cherche que ça en fait, il y aura toujours des malins très bien cachés..... il faut savoir les reconnaître, "avoir du flair" ou à défaut, être très très prudent. Des "passés maîtres dans l'art", le monde en produit en quantité mon frère.

La vie nous demande d'être vigilant dans tout de nos jours, ce n'est pas toujours facile et évident mais pour éviter les regrets et les abus ..... il faut savoir se protéger, se faire une petite carapace, et ce, même avec ceux qu'on aime.

Bien à toi,

Comment Icon [Répondre]

Hannibal | 27/03/2006, 18:46

Salut Grand Frère,

Belle morale que cette Histoire !

Je voudrais dire d'abord à propos des traductions, comme disent les Italiens : "toute traduction est trahïson".
C'est pourquoi, à mon avis une traduction ne peut être juste que lorsqu'elle est contextualisée car la façon dont elle avait été imaginée obéïssait naturellement à un contexte.

Aussi, contrairement au pessimisme ambiant que l'on voit un peu partout par ceux qui ont la possibilité de prendre la parole, il y a pourtant dans la réalité des tas de compatriotes qui ont l'intention soit de rester au pays, soit de rentrer au pays. J'en connais qui ont une double vie, là bas et ici par exemple.

Quant à nos richesses, tu dis :

"Le pétrole du Congo (par exemple) enfoui sous terre nous appartient peut être, mais comme nous sommes incapables de nous en servir, devient la propriété de ceux qui par leur savoir faire l’exploite et le commercialise. Les quelques royalties tirées d’eux sont des miettes que nous ne méritons pas nécessairement!"

Oui, je comprends parfaitement ce que tu veux dire Grand Frère, sauf que, c'est pas faute de compétence ou d'expertise que nos richesses ne nous appartiennent plus, c'est aussi et surtout à mon avis, parce que nous sommes dépourvus de capacité politique pour résister aux prédateurs qui se servent de certains d'entre-nous afin d'accaparer nos richesses.

Je crois qu'à la morale initiale de l'histoire qui est tout à fait juste, on peut aussi ajouter en la contextualisant en disant que : "Ne permettons pas à l'étranger de profiter de nos discordes internes pour nous asservir"

Panafricainement,

Hannibal

Comment Icon [Répondre]

A. Mabanckou | 28/03/2006, 04:44

Tres sympathique blog, Kitmien ! Poursuivons les echanges de cultures !

Comment Icon [Répondre]

Kitmien | 28/03/2006, 14:01

Ah! je ne peux cacher ce gros sourire que j'ai en vous lisant (enfin) Hannibal et Alain.

Merci de votre visite et de ta réaction panafricaine mon cher Hannibal.

Oui je voulais nous sensibiliser pour nous réveiller à nous approprier tous ces biens qui sont notres.
Si nous les voyons comme nos réels biens et que nos intérêts à nous y sont, alors nous saurons empêcher les autres à venir se servir chez nous (au risque de nos vies)! Kitmien.

Comment Icon un conte de mon père à Kibossi [Répondre]

Mayombe82 | 28/03/2006, 18:52

Salut tout le monde et en particulier notre hôte, cet aîné qui prend ma peine de descendre dans la fosse aux lions pour venir discuter avec ses enfants et cadets ! Je prends un peu de temps aujourd’hui pour intervenir. Vieux, ton histoire de langues/traductions et autres me fait penser à un oncle maternel qui m’est très cher, et qui réside en France depuis plus de 30 ans, très conservateur qui a donné des prénoms du « terroir » à tous ces rejetons sauf une. La 1ère fois que j’ai mis les pieds chez lui, j’étais étonné de voir qu’aucun des gosses ne parlait le lingala, le kikongo, sa langue maternelle ni celle de son épouse. Il me dira qu’en venant étudier en France, il ambitionnait de rentrer au pays dès la fin de ses études (le rêve de nombre d’immigrés…). Certaines réalités l’ayant obligé à changer son fusil d’épaule, il s’installa dans le canapé de l’exil avec sa télécommande, ses programmes TV, et se rendit compte (un peu tard) que ses enfants ne parlaient et ne comprenaient que le français. Même pas celui de BZV avec couper le goudron, mais celui de la banlieue Parisienne et puis celui de la province. @+, M82

Comment Icon [Répondre]

Kitmien | 29/03/2006, 01:03

Je suis mort de rires M82, ton partage sur ton oncle me bloque mes côtes!
ça y est je vais garder (enfin) avec moi ta si particulière plume...

J'avais failli tomber dans ce même trou avec ma marmaille sous le bras... je le comprends si bien...

Mais chut reviens reviens reviens à chaque fois que tu le pourras!
Kitmien.

Comment Icon [Répondre]

EMMA BENJI | 29/03/2006, 01:08

Salut!
Comme je l'ai indiqué sur mon blog, je suis actuellement en mode veille...
Le problème c'est qu'au bout d'un certain on a quelques reflexes d'ouvrir certains blogs...et on a du mal a arreter!
Donc de passage je voulais te saluer...et te demander... Tu as combien de blogs en tout? et c'est quoi le différence entre les deux(s'il n y en a que deux!)
A bientot

Comment Icon [Répondre]

EMMA BENJI | 29/03/2006, 01:28

Donc si je comprends bien, tu avais deux blogs...et puis tu as decidé de demanager un des deux blogs...ce qui fait que tu as encore deux blogs!!!
Et l'autre blog est consacré exclusivement a des actions pour le Congo...
C'et ca, j'ai bien compris?

Comment Icon [Répondre]

Kitmien. | 29/03/2006, 02:36

Ma chère Emma ,

Tu as tout trouvé deux blogs pour parler pays et le second pour le reste (rires)

et merci de passer...à bientôt donc. Kitmien.

Comment Icon [Répondre]

Dinga-dinga | 02/05/2006, 01:40

Grand frère
Pour une fois je ne suis pas d'accord avec ta philosophie. Est-ce que si quelqu'un vient dans ma maison , et queje l'acueille, lui offre un raffraichissant une bonne nourriture et en dehors de ça lui trouve que j'ai un ordinateur offert par mon fils aîné et que je sais pas encore m'en servir cela lui donne-t-il le droit de me l'enlever et s'en approprier? et si je voulais le garder pour mes enfants les plus jeunes jusq'à ce qu'ils aillent à l'école et apprennent à mieux s'en servir.
A ce moment là dis-moi frère si un papa meurt tôt en laissant un jeune enfant avec des biens ,il ne mérite donc pas l'heritage car que peut faire un enfant de 7 ans avec une maison par exemple autant en donner aux adultes appartenant à la famille du defunt c'est ce que fait peut-être certaines familles en Afrique? Je suis contre ce genre de logique.
Il y a des pays où l'on découvre des matières importantes pétrole ou autres et qu'on exploite le moment venu.

Comment Icon [Répondre]

Kitmien | 02/05/2006, 12:28

Dinga-dinga,

Tu as raison de montrer cet autre aspect d'un bien possédé.

Oui , le vol d'un bien ou l'appropriation illicite d'un bien d'autrui est à condamner, tu as raison.

Mais il nous faut être conscient de nos vrais richesses afin de nous les approprier et de ce fait les défendre contre tout prédateur. Nous devons avoir à coeur de chercher à les utiliser nous mêmes avant que nous soyons contraints à les céder aux autres dans des conditions moins avantageuses pour nous...

Comment Icon [Répondre]

Dinga dinga | 02/05/2006, 23:01

Oui frère être conscient de nos richesses pour mieux les défendre c'est ok je retiens également ce que frère Hannibal a écrit :
"c'est pas faute de compétence ou d'expertise que nos richesses ne nous appartiennent plus, c'est aussi et surtout à mon avis, parce que nous sommes dépourvus de capacité politique pour résister aux prédateurs "C'est dommage que nos gouvernants ne soient pas encore conscients pour utiliser nos richesses pour le bien de leurs peuples.

Comment Icon [Répondre]

Venga | 03/05/2006, 00:16

Tout à fait juste.

C'est indubitable ce qu'Hannibal a dit ici et que relève Dinga dinga.

Commenter
Ecrire "4588" ici: (procede antispam)
 
© NovoBlog.com : votre blog gratuit