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Kitmien | 23 Avril, 2006 04:52
C’est
une chose qui est désormais établi en moi. Je peux aujourd’hui sans peine me
souvenir de cette fameuse phrase de mon père :" Devant le blanc, tu gronderas et tu iras
toujours plus loin si, comme je le crois, tu es mon enfant ! " Hum ! Cette phrase a toujours raisonné en moi, à
l’époque, je ne comprenais pas bien ce que cela voulait dire ! Et pour
cause, je n’avais encore que sept ans !
Il l’a répété une fois chaque année avant toute rentrée scolaire. Elle m’était devenue familière dans toutes ses déclinaisons. Plus tard, lorsque la chance se présenta à moi, j’eus le sentiment que c’était une prédiction qui se réalisait.
Mon départ en France pour la toute première fois, mes vingt six ans révolus, me rendait fier et heureux. En allant dire au revoir à papa dans son village, il reprit sa célèbre phrase, ce qui me surprit.
Je pensais qu’il allait être apaisé de me voir aller en France, je compris plus tard qu’il ne parlait que de mon accession à être un homme, un homme comme il faut.
Mon séjour au Nord fut couronné de beaucoup de succès, de beaucoup de joies, de découvertes nombreuses et j’étais content. Mon retour en terre natale fut aussi une bonne chose.
Ma naïveté m’est apparue aussi énorme qu’une grosse papaye mûre. En fréquentant ces bonnes gens du Nord de plus près, j’ai dû déchanter. Mes imaginations au sujet de cette fraternité qui sied à l’humain ne trouvent pas de place chez eux.
Mon sourire et mon rire me font passer pour un ridicule. Personne ne fait attention à ma présence et à mon invitation amicale. Tout ce que j’aime devient l’objet de dénigrement. Aucune considération abordée par eux ne fait la moindre place à mes préoccupations.
Je ne peux plus intéresser personne et toute ma personne et ma spiritualité seraient mises à la poubelle que cela ne choquerait personne. Pourtant j’avais bien cru à leur sermon dans tous les domaines et je leur ai donné ma confiance, j’ai montré tout le meilleur que je pensai avoir.
Je n’ai jamais pensé une seule fois me séparer d’eux, leur faire payer quoi que ce soit, je leur reconnaissais tout le bien que j’ai gagné d’eux et me suis toujours préparé à les écouter, à suivre leur conseil et à leur offrir tout objet que je détenais et dont ils pouvaient avoir besoin. Pourquoi ? J’ai toujours répondu : pourquoi pas ?
Est ce un crime de faire confiance à quelqu’un que l’on apprend à connaître ?
Est ce être pacifique constitue un danger obligatoire pour autrui ?
Depuis si longtemps, je ne trouve pas les bonnes raisons des attitudes des frères du Nord, je ne comprends pas qu’ils ne fonctionnent qu’à leurs intérêts exclusifs. Je n’ai jamais été élevé comme cela.
La famille, mon voisin, le passant sont des frères à qui je dois un respect obligatoire mais volontaire. Je ne peux considérer mon prochain comme un ennemi à humilier ou à ignorer en le dédaignant.
Par quel chemin, ces frères du Nord sont ils passés pour ne plus voir ces belles qualités humaines qu’ils se sont pourtant empressés d’écrire sur des ouvrages accessibles à tous ? Pourquoi n’ai-je jamais pu trouver à m’acclimater à leurs comportements qui ne font que m’éloigner de ceux que je croyais sublimer ?
Je resterai longtemps à courir derrière des lièvres avec mes frères du nord, qui ne me voient jamais rien d’autre qu’eux mêmes. Je me casserai les dents à errer chez eux au nord sans que je ne les trouve jamais.
Ma tristesse de retourner toujours rempli de mes partages que je me faisais fort pour eux est si grande ! Ils ont oublié que de leurs trésors, ils nous ont donné la substance mais pourquoi donc sont-ils réfractaires à mes idées ?
Je pensai dire que le bonheur de partager à un frère procure une joie, que je n’ai pas de mal à servir un frère, sans que le souci de me voir remercier, m’habite, - lui fera la même chose à moi - quand le moment se présentera.
Je ne pourrai jamais à mon tour dire qu’une fillette, comme une dame est une maman pour moi. Que le plus âgé d’entre nous est un grand frère, un aîné. Qu’un garçon est aussi un papa !
Je n’interpellerai pas une grande sœur, un oncle, une cousine par son prénom signe de manque de respect.
Mon frère du Nord ne veut pas m’écouter, il ne veut pas me considérer. Il me voit toujours inférieur à lui, peu intéressant et pas fréquentable. Il le fait à son frère aussi.
Il ne vit que pour lui, par lui et avec lui. Triste situation.
Mon bonheur de trouver un frère du Nord, ou une soeur du nord me parler et m’embrasser, c’est le grand étonnement. Bientôt je l’assimile à un frère comme moi, étant simplement de mon continent. Nous rigolons quand lui-même le ressent de cette façon.
Il a depuis longtemps compris que sa place ressemble à celle du frère africain que je suis. Nous ne pouvons marcher ensemble que si nous prenons les références humaines de chez nous, il est d’ailleurs critique des mêmes calamités qu’on a installé ici au Nord.
Et ce retour au Sud me garantit qu’en quittant le Nord, je venais de ne pas perdre le Nord. ….. Kitmien.
Venga | 24/04/2006, 00:12
Dinga dinga | 25/04/2006, 00:05
Oh pauvre grand frère!
C'est vrai ce que tu montres du doigt est bien réel. Combien de frères ou de soeurs du sud ont été surpris en se rendant au Nord tous contents d'arriver, d'abord émerveillés par la beauté des lieux, mais ensuite la réalité de l'accueil qui ne ressemble en rien à ce que l'on vit chez soi où l'étranger a toujours une place, un sourire au moins, à défaut d'un présent.
On rencontre souvent des gens froids comme le climat et cela n'arrange pas les choses. Et l'on se rend compte combien les gens du Sud sont naïfs comme ils le soulignent eux mêmes.
Il faut vraiment beaucoup de courage pour ne pas perdre le Nord et c'est là où l'on fait appel à tout son savoir intérieur reçu auprès des parents pour tenir bon mais c'est vrai que tout le monde au Nord n'est pas comme ça, n'oublions pas cette minorité qui nous fait chaud au coeur de temps en temps. Le travail et la course à la montre prend trop de place et les gens ne savent plus s'ils sont sur une planète habitée. Voilà pourquoi au Nord, nous sommes souvent chez eux sans être avec eux.
EMMA BENJI | 25/04/2006, 10:35
Ton texte est tres emouvant...
Mais moi ce qui m'etonne c'est que par rapport a monb expérience je n'ai pas vraiment senti ca.
Je suis restée a lille pendant un mois et demi dans une sorte de foyer...y avait plus de noirs, d'arabes et de chinois que de francais...
Et les francais etaient tous tres aimables et courtois ...meme avec les "pas poli"...
J'ai pas beaucoup senti ca en France...quand tu es poli et courtois tout le monde l'est avec toi...
Mais puisque beaucoup semblent souffrir d'exclusion et de racisme...C'est que y a surment des choses que moi j'ai pas vu ni senti!
Kitmien | 25/04/2006, 13:17
Ma bien chère Emma,
Oui moi aussi je n'ai pas senti tout ce que je décris dans tous les milieux où je suis passé.
Ce que j'ai décrit est d'un genre abstrait. C'est le sentiment global des frères du Nord. Ceux qui sont responsables des autres.
Il est facile de vivre ce que je décris quand tu vis une expérience professionnelle au Nord dans un environnement hiérarchique élevé.
Si tu accèdes à des fonctions où l'envie de demander un peu plus aux autres t'habite.
Tu peux vouloir partager ton expérience... tu veux parfois corriger des fautes évidentes... tu peux parfois appliquer ce qui t'a été enseigné... et là tu plonges la tête en premier dans ce que je décris à propos des frères du Nord.
Je comprends ce que tu as vécu dans un foyer à Lille où l'environnement fait plutôt penser à un petit monde (rires)avec les avantages qu'on connaît quand on est tous ensemble!
Oui ma bien chère, ce ne sont pas tous les frères du Nord qui se doivent de changer un peu... je le reconnais et je l'ai salué en fin de mon texte.
Bien à toi. Kitmien.
Mayombe82 | 27/04/2006, 08:54
ca fait un bail que mes doigts ne vous ont pas transmis ce que mes yeux ont lu de vous tous et toutes ici. Vieux, tes témoignages sont toujours aussi poignants, touchants. Un peu plus tard, j'essaierai de revenir plus en détails. Là, je réagis sur ce que tu as dit: "Mes imaginations au sujet de cette fraternité qui sied à l’humain ne trouvent pas de place chez eux." Ca me ramène quelques années en arrière quand, étudiant dans un autre pays Africain que le Congo-B, je vis dans le frigo d'un ami une bouteille de coca-cola avec écrit dessus, sur un bout de papier scotché le prénom d'un des colocataires de mon ami. Qui plus est, ce bougre était le plus âgé de leur apaprtement et qu'il appelait tout le monde petit frère! Cette humanité, comme tu dis, il y a fort longtemps qu'elle a quitté plus de 50% d'entre nous sur cette terre. @suivre, M82
Kitmien | 27/04/2006, 13:48
Eh oui tu nous manques terriblement mon cher Mayombe82.
Tes stats plaisants m'en disent des choses!
Et je suis certain que ton expérience si longue là à Mputu doit nous en cracher des choses.
Merci donc de nous revenir... Kitmien.
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Mon cher grand frère,
Encore un long commentaire à faire et pourtant je le réduis... !!! (rires).
Haaaaa que ce père savait ce qu'il disait à son fils !!! et les temps non pas encore changés depuis.... tes fils doivent connaître et comprendre cette "célèbre phrase" comme tu le dis.
Mais qui sont-ils ces gens, ces occidentaux pour être si durs avec les autres ? Pour qui la connaissance de leur prochain est le dernier de leurs soucis (peu importe les origines d'ailleurs), ou pour se croirent supérieurs aux autres. Souvent ils ne se rendent pas compte eux-mêmes des comportements qu'ils ont décidés d'adopter et de véhiculer !! Tu sais, cher frère, que je suis
"supposée" être une de ces occidentales et je ne les ais jamais compris pas moi-même !
Je ne crois pas que ce soit seulement une question d'éducation mais aussi du genre de personne que tu es, de tes principes et les valeurs intrinsèques que tu portes en toi. Par chance..... il y aura toujours de ces marginaux sur cette terre.
Oui cette tendance à nous assimiler comme une soeur ou frère de chez vous, de votre continent est bien réelle, appréciée et plaisante, je le vis aussi et pourtant......non grand frère mes racines sont d'un ailleurs très loin en distance mais avec la différence que mon coeur rejoint d'autres coeurs d'où qu'ils soient. C'est mon coeur qui est différent et non le continent ou le pays d'où je viens.
Que tu sois au Sud ou au Nord comme moi.... il ne faut jamais perdre le Nord grand frère et je crois que tu t'en es bien sorti.