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Blog de Kitmien

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A mon fils pour la découverte des cachotteries de la vie

Kitmien | 29 Mai, 2006 13:26

Sans doute mon harcèlement aurait eu raison de n’importe quel papa, je venais depuis plus d’une demi-heure de lui poser la même question. Papa avait déjà répondu évasivement à ma question plus d’une fois mais j'étais sûr qu’il savait que je ne m’étais pas contenté de ses premières réponses.


Quand soudain avec le rire qui lui allait si bien, il m’invitait à nous arrêter un petit moment pour profiter du beau temps dans cette forêt de Nkénéngué et rajouter un nouveau piège à perdrix. Le lieu était magnifique, la terre était bien sèche et moelleuse. Je n’avais jamais cessé d’apprécier ce calme et cette douceur qu’on trouvait à midi dans nos forêts de Kibossi. Il commençait à parler à voix basse, nous n’étions pas très loin du chemin qui conduisait aux champs des mamans de notre village. Il ne fallait pas que l’on devine les endroits où nous installions nos pièges de peur qu’on se fasse voler du gibier. J’étais bien assis et je jouais à faire de petits creux dans le sol en imaginant les gestes d’une perdrix.

Le temps passait et papa semblait avoir oublié ma question. Je le fixais depuis un bon moment. Il me paraissait si tendre et si amical que je me mis à patienter et à faire attention aux délicates opérations d’un piège à perdrix. Il avait soufflé autour du piège, pour disait-il éloigner l’odeur humaine, quand il se mit à m’inviter à avancer plusieurs mètres plus loin de notre piège.

Pourquoi ne prenions nous pas de repos disais-tu ? Pourquoi acceptons-nous de souffrir disais-tu encore ? Papa voulait me dire qu’il n’avait pas oublié mes questions. Ce sont les mêmes questions que je posais à mon père ajouta t-il. Un enfant s’étonne toujours de voir parfois des réserves de nourriture dans la maison et ne pas s’expliquer les éternels efforts que les parents continuent de faire.

Seule la difficulté donne le bonheur vrai mon fils, rien d’autre au monde ne t’apportera le bien-être réel et profond si ce n’est en passant par le courage d’affronter des pseudos duretés de la vie. Ce que nos yeux et nos pensées voient comme nécessitant effort, sueur, abnégation, travail n’est en réalité que le chemin bénéfique qui conduit vers un bien-être personnel sûr et permanent.

Comment peux-tu ne pas voir toute la joie que nous essayons de te transmettre et t’arrêter visiblement sur nos souffrances à gagner tout ce qui nous permet de te donner tout ce dont tu as besoin pour devenir un homme, un vrai homme équilibré ?

Ta mère, elle s’use chaque jour aux travaux champêtres mais, que cela ne te trompe pas, elle y retire un grand réconfort, celui de vous voir vivre avec le fruit de ses efforts et des miens. Je ne saurais te dire sa fierté et la mienne qu’à force d’avoir donné le meilleur de nous-mêmes pour toi, tes frères et sœurs, on vous voit comme des hommes bons et aimables. Vous êtes devenus une espèce de cadeau pour nos efforts. Tu es revenu chez toi, tu nous as apporté des cadeaux et tu commences à nous remplir d’attentions. Tu ne veux plus nous voir nous occuper de ces travaux durs pour préserver notre santé.

Voilà le fruit tant espéré pour nous ! Nous ne l’aurions pas si nous avions choisi la facilité, la paresse. Refuser le travail, signifie refuser le bonheur. Le travail pour moi est cette volonté de chercher en soi le moyen d’exprimer à autrui son amour. On ne doit pas se laisser corrompre par l’oisiveté, par le jugement erroné de penser que l’autre devient meilleur si on ne lui sert que sucrerie, chocolat, repas copieux, télévision, film, et toute chose agréable.

Il y a longtemps que j’attendais que tu trouves par toi-même ce qui justifie le travail dur et pénible. Les exemples ne manquent pas. Beaucoup se sont laissés aller à éduquer leurs enfants en privilégiant les comportements où la facilité, le manque de quoi que ce soit étaient bannis. Ils ont pris sur eux de tout faire pour ériger autour de leurs enfants tout ce qu’ils jugent agréables pour eux. Leurs enfants ne connaissent pas la joie cachée de venir à bout de difficultés en se privant de telle ou telle facilité.

Mon bonheur sera parfait mon fils, concluait papa, quand tu commenceras à gagner quelque chose à travers des efforts physiques, à travers le courage intellectuel, à travers la méchanceté gratuite d’autrui contre toi, à travers les aspérités de la vie humaine…

Ce sera le seul et vrai bonheur que tu auras plaisir à partager à tes enfants quand, à ton tour, tu essuieras les mêmes questions.

Et mon souhait est que ce jour là ne tarde pas pour toi ! … Kitmien.

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Venga | 31/05/2006, 14:51

Bravo à papa. Ton père avait tout à fait raison mon cher frère.

Nos enfants apprendront à leur tour le bonheur d'un travail accompli.

Merci beaucoup pour ce texte gorgé de vérités.

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Vali | 31/05/2006, 21:52

Quelle chance d'avoir eu un papa à la hauteur frangin !
Comme j'aurais aimé que le mien me montre le chemin de cette manière, en prenant le temps d'expliquer sereinement, mais surtout par des actes de bravoure simples et concrets.
Ton texte est très touchant grand frère, et il est teinté de tant de remerciements pour ton papa.

Je t'embrasse pour toute la sensibilité et l'humilité qui transparaissent dans tes écrits.

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EMMA BENJI | 02/06/2006, 14:22

Tu as eu vraiment ces discussions avec ton père?
WAW!
Quelle profondeur... c'est les vraies lecons de la vie ca...

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Tinée | 06/06/2006, 12:19

C'est de parler avec son père! ce genre d'échanges c'est important. On developpe alors une complicité, on parle librement de tout.

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Kitmien | 07/06/2006, 12:42

Oui je vous remercie toutes et c'est maintenant que je réalise pleinement ce que mon père m'a apporté.

Je ne peux plus le lui dire et c'est dommage.

S'il pouvait m'écouter, je lui aurais dit encore merci.

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Venga | 08/06/2006, 04:36

Ne te retiens pas mon cher grand frère, d'après mon coeur, il t'écoute, dis lui tous ce que tu as le goût de lui dire !!

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Erivax | 15/06/2006, 23:15

Good, but I'm not agree when you say: "Mon bonheur sera parfait mon fils" because I think that there is not a perfect happiness as there is not perfect life.
Peace.

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Mayombe82 | 26/06/2006, 17:48

Vers un certain âge où on peut dire que les hormones commençaient à me tenailler sérieusement et que je n’ai point tardé à aller à la découverte de cet autre être qu’est la femme (enfin, fille plutôt à l’époque), ma mère sentant que les choses devenaient sérieuses et n’ayant jamais eu dans sa vie l’occasion d’aborder ces questions avec un mâle autre que son mari chargea mon pater de poser les « bonnes questions » de placer les barres sur les « T » et les points sur les « I », car il était clair que… bref ! on s’est compris. Par une belle soirée entre la saison des pluies et la grandes saison sèche, le pater m’appela. Il était allongé dans sa chaise longue, tuant les moustiques qui avaient le malheur de lui pomper son sang, faisant fuir ceux qui n’en avaient pas eu la chance. Il m’invita à prendre place dans un « zebi lamba » à ses côtés. Face au ton qu’il employa, je me dis que l’heure devait être sérieuse. Comme d’habitude avec lui, nous eûmes une conversation très sérieuse (il m’a toujours parlé comme à un homme, sans faux-fuyants), très enrichissante (je vous passe les détails car quand on se met à parler de soi, on devient intarissable). Au bout de quelques minutes d’échanges, le pater se rendit compte que l’essentiel était déjà connu du côté de son aîné : calculs de ceci, calculs de cela, les contours par ci, les machins, etc. Bref, il se résolut à me mettre en garde : « Ok ! Puisqu’il n’y a pas grand chose à t’apprendre sur ces questions, je te rappelle simplement que je n’ai jamais eu d’enfants pendant que j’étais encore dépendant d’autrui. Si par malheur, une de tes… se retrouve enceinte, tu te débrouilleras et n’obtiendras aucun sou de ma part ». Il est bon d’avoir des aînés qui vous parlent sérieusement dans la vie. @+, M82

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Venga | 28/06/2006, 04:09

Tu dis des choses importantes ici mon frangin. Il faut relever un point fort, celui ou tu nous donne la qualité de conversation que tu avais avec ton père, c'est tellement important que l'on puisse dialoguer avec nos enfants sans les prendre justement pour des gamins !!

Les parents sont une source inépuisable d'apprentissage et quoique nous puissions dire très souvent, ils ont vécus à peu de choses près les mêmes expériences que nous très souvent, mais quand nous sommes jeunes, ce n'est pas du tout ce que l'on voit d'eux malheureusement et nous les écoutons vraiment qu'en prenant de la maturité et quand nous avons nous-mêmes des enfants.

Bonne chose dans ton cas frangin que tu l'ais écouté et que ton père lui-même t'aimais suffisamment pour te mettre en garde.

Ce que je retiens de vos commentaires et du texte, c'est que justement vous avez retenu ce qui vous a semblé important à ce moment là au point de nous en faire le partage aujourd'hui.

Alors parents, ne cessont d'éduquer nos enfants à tout âge, les paroles ne sont pas toujours vaines.
Merci beaucoup.

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